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Comment les géants du porno profitent du “porn revenge”

Alors que les vidéos de vengeance sont omniprésentes sur les sites pornographiques, les conditions d’utilisation des sites porno comme Pornhub interdisent leur publication.

Le vice-président de la société, Corey Price, a également déclaré à plusieurs reprises que Pornhub condamnait fermement ce genre de pratique et que la société était totalement opposée à la diffusion de ce contenu.

Cependant, une fois que ces contenus sont signalés, leur retrait est loin d’être automatique. Pourquoi ?

Quel intérêt Pornhub peut-elle avoir à diffuser ces contenus et ainsi déroger à sa propre politique ?

Laureen Ortiz : Il faut analyser les choses d’un point de vue économique : la seule “politique” d’une entreprise est la recherche de profit, la réalisation de bénéfices ou même le blanchiment d’argent dans le cas d’une économie sournoise.

Pour cela, il est recommandé de minimiser les coûts : mais le revenge porn – la vengeance par la diffusion d’images sexuelles humiliantes – ne coûte rien puisqu’elle vient de l’extérieur, ce sont des images piratées ou récupérées, donc c’est l’entrée d’argent parfaite.

D’un autre côté, nous devons attirer le consommateur, le rendre dépendant si possible, donc créer du nouveau constamment, et lui donner le sentiment qui colle à la logique du produit : la vengeance du porno coche aussi ces cases.

C’est encore assez nouveau et cela correspond bien au désir de rabaissement ou d’esclavage sexuel qui alimente chaque jour les plateformes pornographiques.

C’est loin d’être la seule catégorie problématique, mais au total, économiquement, cela fait fonctionner la machine : Pornhub se classe au 8e rang mondial en termes de trafic web, derrière Twitter et Wikipédia. Un vrai succès.

Il est très naïf de croire que Mindgeek se préoccupe des données privées, à part les vendre et les utiliser au détriment des utilisateurs.

Mais c’est bien sûr ce qu’ils disent, ou ce qu’ils disent à leurs hommes de main (Corey Price n’est pas responsable, il faut plutôt regarder du côté des frères Antoon, ou le clan Manos-Youssef). S’il y a de la politique, c’est avant tout une politique de communication, il est important que le citoyen, l’élu ou le journaliste ne confonde pas avec “l’information”, c’est la base.

Surtout lorsque le produit de l’appel est le sexe rapide brutal et agrémenté d’insultes avec des titres comme “la pute colombienne se fait défoncer l’anus” : Je ne vous cite que le dernier sur la page d’accueil. La fille a l’air à peine majeure, aucune autorité n’ira vérifier.

Au vu de l’attrait de ces vidéos, on pense d’abord à l’aspect monétaire.

Le “porn revenge” est-elle une source importante de revenus pour Pornhub et les sites similaires ? Il est difficile de le mesurer, car les entités pornographiques ne sont pas répertoriées, ne publient aucun chiffre et n’ont pas de comptes à rendre, contrairement aux sites “propres”.

En cela, elles sont d’autant plus dangereuses qu’elles agissent de manière sournoise et incontrôlable.

Ce que je peux dire, c’est que le revenge porn les aide surtout à générer du trafic, le nerf de la guerre des sites web. Ce trafic peut donc soit créer, soit justifier les flux financiers nécessaires à la maison mère de Pornhub, MindGeek, physiquement basée à Montréal, avec un emplacement fiscale au Luxembourg et quelques bureaux à Los Angeles, à Chypre, en Roumanie, etc.

Il y a quelques années, les autorités américaines avaient des soupçons de blanchiment d’argent international entre le Moyen-Orient et les États-Unis.

J’ai également recueilli des témoignages dans cet univers opaque qui évoquent des personnes impliquées dans le trafic de drogue (il faut dire que Los Angeles est géographiquement intéressante à cet égard, avec des cartels bien établis).

Un autre élément qui met en doute les “aspects monétaires”, la façon dont le patron de Mindgeek est appelé par un pseudo et réquisitionne les ordinateurs portables de tout le monde lorsqu’il se rend sur un site hors de Montréal, selon les actrices.

On ne peut pas encore imaginer Zuckerberg en mode incognito.

La diffusion de “porn revenge” est lourdement sanctionnée par la loi française (jusqu’à deux ans de prison et 60 000 euros d’amende) mais est loin d’être partout dans le monde.

Ainsi, en permettant la diffusion de ces contenus Pornhub, on s’expose à des risques juridiques ? Quelle est la marge de manœuvre des différents pays dans lesquels que Pornhub est située (pour interdire la diffusion de ces contenus) ? Les autorités françaises semblent impuissantes et désarmées face à MindGeek, voire à son rival, le français Xvideos, basé à Prague.

Je ne suis pas sûr qu’elles en sachent beaucoup sur ce sujet peu prestigieux, d’ailleurs.

Mais c’est sur ce point qu’ils sont susceptibles de prêter attention, ainsi qu’aux lois sur la protection des enfants. Mindgeek n’ont aucun intérêt à attirer les autorités vers eux ; tant que tout le monde est convaincu que leur porno, et leurs autres activités, sont inoffensifs, les autorités se taisent (le jour où cela changera, Mindgeek sont millionnaires et feront comme tout le monde, ils s’enfuiront avec leurs voitures de luxe dans d’opulentes villas des Caraïbes).

De plus, il n’est pas forcément nécessaire d’avoir des lois spécifiques, ce type d’humiliation est du cyberharcèlement pour ternir la réputation d’une personne : en Californie, un “entrepreneur du web” et pirate informatique, à la tête d’un site de vengeance porno, s’est fait arrêter pour vol d’identité aggravé et intrusion dans un système informatique.

Pornhub n’est pas le seul à diffuser ces contenus, et la vengeance pornographique n’est pas le seul problème posé par cette industrie de masse largement non réglementée, qui au fil des ans a gagné l’imaginaire collectif, en particulier des hommes.

Écrit par RatMasqué

Le RatMasqué est un francophone qui travaille dans le monde adulte depuis des années et explore, pour son activité professionnelle et pour vous, ces méandres afin de vous donner les dernières actualités...souvent croustillantes !

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