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Pourquoi le porno japonais est-il si fascinant?

Les informations suivants sont tirés de The Adult Video Market in Japan, une enquête en tant que le livre de Damien D. Sato, récemment publié par L’Harmattan.

Le journaliste dissèque ce marché à plusieurs milliards de yens, en s’intéressant notamment à ce qui le rend si caractéristique à nos yeux d’Occidentaux.

Lors de la vague d’expansion industrielle au Japon dans les années 60 à 80, les entreprises de l’archipel ont fait différent de leurs homologues occidentaux en se concentrant sur une valeur clé, la satisfaction du client et la compréhension de leurs besoins. Des légions de dirigeants occidentaux ont eu du mal à comprendre comment les champions de l’industrie de la haute technologie ou de l’automobile tels que Sony, Panasonic ou Toyota ont réussi à établir une telle capacité à répondre efficacement à la demande et à emporter la satisfaction des clients.

Elles ont en effet réussi à fidéliser le client grâce à une double stratégie : une offre segmentée à l’extrême, et la collecte des goûts de leurs clients pour développer leur offre.

Pourquoi le porno japonais nous fascinant t’il tant ?

Tout d’abord parce qu’il offre un éventail de fantasmes très spécifiques qui servent d’arguments commerciaux pour la promotion d’un film. Lorsqu’il ne s’agit pas d’une actrice en particulier, c’est un fantasme, une situation, une configuration sexuelle particulière, voire une profession qui est mise à la disposition d’un spectateur qui sera prêt à dépenser de l’argent pour acquérir ce produit particulier.

La tendance à cette segmentation qui frise parfois l’obsession est un trait connu en Occident. A tel point que dans l’imagerie populaire, le porno japonais est volontiers perçu comme déviant.

C’est une erreur d’interprétation, la déviance est définie par rapport à une norme majoritaire. Cependant, dans le domaine du porno, il n’y a rien de majoritaire, à part l’hétérosexualité, il n’y a qu’une myriade de cas spécifiques. « Ce qui caractérise le porno japonais par rapport à l’Occident, c’est que les spectateurs ne sont pas considérés comme une masse anonyme et sans désir. »

Lister dans un livre tous les fantasmes disponibles à la vente serait fastidieux, et certains des fans de vidéos porno japonaises s’y sont déjà largement attaqués.

Une règle s’applique à une majorité de productions : que le produit soit rapidement identifiable dans un genre particulier. Femmes jeunes ou mûres, starlettes ou débutantes, tendresse ou violence, fantasme particulier allant du fétichisme des sous-vêtements aux faux jeux télévisés, en passant par l’hypnose, les massages ou les successions de coups de pied envoyés dans les parties intimes des acteurs masculins, tout est identifiable.

Une tendance qui commence également à être familière dans la nouvelle consommation de porno en Occident, où les sites porno proposent une classification de plus en plus précise en « tags ». Sauf que cette extrême rigueur de classification et de segmentation a structuré le marché au Japon depuis trente ans. « Je pense que ce qui caractérise le porno japonais par rapport à l’Occident, c’est que les spectateurs ne sont pas considérés comme une masse anonyme et sans désir. La structuration du marché permet de prendre en compte ses désirs, ses exigences, les producteurs poussent aussi leurs consommateurs à dire ce qu’ils aiment, ce qu’ils voudraient voir. Il y a des foires, des rencontres, des possibilités de contact qui facilitent le retour d’information, ce qui permet de mieux calibrer les produits », explique un bon connaisseur du secteur qui suit l’évolution de l’industrie depuis deux décennies. « En Europe, pendant longtemps, les films qui sortaient des grands studios étaient assez indifférent et offraient quelque chose censé correspondre au plus grand nombre. »

Les sites de streaming commencent à changer la donne en poussant les classements par genre spécialisé, mais le caractère anonyme des spectateurs empêche une analyse vraiment fine de ce qu’attend le marché. « En Europe, vous trouvez que les films japonais sont bizarres. » En fait, ils ne font que répondre à une demande qui a été identifiée.

Produire, toujours produire

Mais comment parviennent-ils à produire autant de films ? S’intéresser au porno japonais, c’est d’abord se poser la question de l’incroyable productivité des films de qualité sur le plan technique par rapport aux standards occidentaux.

Une équipe de techniciens professionnels, parfois réduite au minimum. Les productions les plus modestes se contentent parfois d’un simple réalisateur se filmant lui-même et prenant des photos d’illustration pour la pochette, parfois assisté d’un maquilleur ou d’un maquilleur rémunéré pour une demi-journée. Mais les dizaines de milliers de films qui sortent des studios de l’archipel ne descendent pratiquement jamais en dessous d’un certain seuil de qualité, avec des techniciens rémunérés et compétents, pas nécessairement créatifs mais sachant comment assurer un tournage.

Des tournages en intérieur dans des lieux dédiés, rarement dans des maisons privées. Un matériel de qualité qui ne serait pas ignoré par les productions cinématographiques à petit budget, et une organisation générale du travail qui ne laisse aucune place à l’improvisation, pour réduire les coûts sans rogner sur le produit. Comment la prouesse est-elle possible ? La réponse est apparemment simple.

Le modèle économique du porno au Japon est conçu de telle manière que tous les films sont rentables… au moins un peu. Connaissant son public, ses acheteurs, son réseau de distribution et les tendances actuelles, tout en sachant comment produire de la qualité à moindre coût, l’idée est que chaque film génère son petit profit.

Et comment vivre concrètement quand on ne fait qu’un petit bénéfice en faisant un film ? Il faut produire beaucoup, beaucoup. Vraiment beaucoup. « Nos budgets vont de 1 million de yens (environ 8 300 euros) pour les moins chers à 1.5 millions de yens (environ 12 500 euros) pour les plus grandes productions ». Sôichiro Tamura est l’un des directeurs de l’équipe qui travaille – à temps plein et salarié – pour le studio Momotaro Eizo, basé à Tokyo.

En vingt ans de carrière qu’il n’a commencé qu’à la mi-trentaine, il a tourné pas moins de 700 films. De son propre aveu, certains ont plus de succès que d’autres, tous n’ont pas la même valeur technique ou artistique, mais aucun n’a été réalisé sans un minimum de moyens. Et il explique que dans son studio, les budgets sont sous contrôle… mais loin de la famine. Le prix est loin des (rares) studios qui produisent encore de la pornographie dans des conditions vraiment professionnelles en France. Il est même loin de ce qu’une maison comme Marc Dorcel peut produire, qui peut encore envisager de mettre 100 000 euros sur une bonne production, et plutôt autour de 50 000 euros pour une production plus standard.

Une somme qui équivaut aux films des géants du secteur dans l’archipel : « Un studio comme Soft on Demand, l’un des géants du secteur, peut – hors événement cinématographique – mettre environ 5 millions de yens dans un film (environ 42 000 euros). « En d’autres termes, la force du secteur n’est pas l’argent qui peut être aligné sur une seule production. »

Dans ce petit jeu de celui qui a la plus grande capacité financière sur un seul film porno, l’Occident n’a rien à envier au Japon.

Mais les entreprises de l’archipel peuvent multiplier les sorties à un rythme effréné. Si Marc Dorcel parvient encore à sortir en moyenne deux films par mois – une performance à ce niveau de qualité sur le marché français -, Soft on Demand en produira une cinquantaine dans le même laps de temps.

Même les plus petites productions parviennent à trouver leur place. Exemple avec Plum, un modeste studio de production, utilisant des actrices pour la plupart inconnues, mais toujours professionnelles. Ici, le budget par film ne dépasse pas 600 000 yens par production (environ 5 000 euros), et tourne plutôt autour de 400 000 yens (3 300 euros).

La recette ? La même que les autres, en réduisant les coûts mais sans faire de concessions sur la qualité sans laquelle le client n’achètera pas de toute façon. La solution réside dans des studios loués à la journée, des tournages qui peuvent se dérouler en une seule séance de 14 ou 16 heures de travail et de jeunes réalisateurs qui peuvent ainsi s’initier à des productions modestes, où l’exigence technique est finalement proche des grands studios, mais à des prix plus bas. Avec une logique d’accumulation de petits profits pour exister économiquement, le studio propose à ce jour plus de 2 000 films dans son catalogue.

Écrit par RatMasqué

Le RatMasqué est un francophone qui travaille dans le monde adulte depuis des années et explore, pour son activité professionnelle et pour vous, ces méandres afin de vous donner les dernières actualités...souvent croustillantes !

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