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Le Porno Sonore [Explications + Découverte]

À l’ère du tout-image, la pornophonie vient offrir une alternative pour consommer des contenus érotiques.

Branchez vos écouteurs, maintenant le porno n’est plus à regarder, mais à écouter attentivement.

L’orgasme auditif est garanti.

Dans les années 2000-2010, le développement d’Internet et l’arrivée de sites de streaming pornographiques gratuits, comme YouPorn et PornHub, ont signé la mort lente du téléphone rose et des services d’audition érotiques accessibles par le biais d’un numéro surtaxé.

Autre conséquence de ce changement opéré par l’industrie audiovisuelle, il y a eu un profond bouleversement dans notre façon de concevoir notre sexualité. Attachée à la production d’images standardisées et au respect de l’ordre sucer-pénétrer-éjaculer, l’industrie XXX a voulu formater nos relations sexuelles en s’assurant qu’aucune place ne puisse être laissée à notre imagination.

Les scénarios, les décors et les dialogues sont abandonnés, car ce sont les images qui comptent vraiment.

Face à cette surexploitation du visuel, certains acteurs/actrices XXX proposent de s’éloigner de la 2D, d’éteindre l’écran pour revenir à un érotisme purement et simplement auditif. Luttant contre la tyrannie de l’image, le porno sonore invite à l’exploration des sens, en laissant libre cours à l’imagination et à la projection facilitée par le son.

A la tête de l’enquête sur le monde de la pornographie, la journaliste Nona Willis Aronowitz a déclaré à Playboy en 2015 que « l’audio amplifie les murmures et les gémissements de plaisir, humanise les interprètes et crée une expérience tangible dans laquelle la photographie et la vidéo ne peuvent rivaliser« . Nous nous trouvons là, dans la salle, au cœur de l’action.

Cette intimité immersive fait de l’audio une plateforme particulièrement fructueuse pour les artistes et les consommateurs de porno, qui peuvent ainsi prendre le contrôle de leur fantasme.

En d’autres termes, le porno sonore subjugue l’hyperréalisme de l’acte sexuel tout en stimulant un imaginaire érotique trop souvent contraint par l’image.

Avec l’arrivée du porno sonore, l’offre pornographique se diversifie et avec elle apparaissent de nouvelles plateformes, de nouveaux formats et de nouveaux espaces de liberté. S’appuyant sur la popularité croissante des podcasts et de la pratique de l’ASMR, le porno sous sa forme sonore séduit autant par sa créativité que par sa subversion ou son accessibilité.

Pouvoir écouter sur son téléphone portable, l’expérience du porno auditif devient mobile et rend toute situation de routine un peu plus agréable : les trajets en transports publics un dimanche pluvieux, à n’importe quelle heure ou presque, peuvent être écoutés en podcast érotique de quelques minutes.

Parmi l’abondance du porno sonore, on trouve les sites consacrés aux histoires audio pornographiques qui sont des fictions sexuellement explicites mettant en scène des voix féminines langoureuses invitant un public majoritairement masculin hétérosexuel à se masturber.

Dans la catégorie porno auditif amateur, mêlant sexisme, voyeurisme, insonorisation médiocre et problèmes de voisinage, le site Mes voisins baisent ! est le grand gagnant. Avec le précepte « Fatigué du voisin qui crie tous les soirs ? à vous maintenant d’envoyer des décibels ! « , le site répertorie principalement les enregistrements des voisins en pleine relation sexuelle.

Réviser sa littérature érotique

En plus de ces sites de podcasts érotiques, le podcast Le Verrou présente les grands noms de la littérature érotique tels que Guillaume Apollinaire, Oscar Wilde, Colette et Pauline Réage. Pour les deux parisiens de 30 ans à l’origine du projet, le pari est réussi : « Pendant nos études, nous avons échanger des textes érotiques entre copines. Il n’y avait pas grand-chose : nous cherchions du féminin, du littéraire, nous ne vendions pas de tupperware. » Elégant et pédagogique, Le Verrou frissonne de chuchotements.

Dans la même veine littéraire, le site Ctrl-X propose des lectures de textes plus contemporains, moins célèbres certes mais non moins passionnants. Guidés par des voix de théâtre, de radio ou de chant, les podcasts proposés par Ctrl-X sont des sons inédits de grande qualité et variété.

De l’illustration phonique d’une scène de fond de l’incomparable « Louder Than Me » de Guillaume Dustan à une orgie au fond de la forêt entre des étudiants et deux frères psychopathes dans un podcast intitulé « Dirty Sexy Valley », il y en a pour tous les goûts.

Contrairement au porno grand public, ces jeunes plateformes ont fixé des limites claires : les histoires mettant en scène des relations incestueuses ou pédophiles comme les « Trois filles de leur mère » du poète et romancier français Pierre Louÿs n’ont pas leur place ici.

Autre fait intéressant : les plateformes de porno audio sont pour la plupart développées par d’autres et des créateurs. La figure masculine de la pornographie traditionnellement associée à la création de contenus sexuellement explicites est absente de les podcasts XXX.

Cela ressemble à un besoin de changement dans le monde du cul et Olympe de G l’a bien compris. Féministe et militante, l’ex-interprète XXX, aujourd’hui pornographe, prône la sexualité libre à travers deux podcasts érotiques dont elle est l’auteur : le populaire Voxxx, notamment avec Lélé O, et la Pink App.

S’adressant à tous les « clitos audiophiles », Olympe de G souhaite guider les femmes dans leur compréhension et leur recherche du plaisir. Olympe de G note que « le fait qu’il n’y ait pas d’images implique moins d’implication sur l’apparence et la pratique ». Libre de toute contrainte esthétique et de mimétisme, le porno sonore fait place aux grands exclus du plaisir développé par l’industrie du XXX.

Une autre pépite auditive, QUD – le magazine du sexe qui fait du bruit dont le premier numéro est consacré au cybersexe.

Au programme : robots et sextos, godes connectés, camgirls et porno 2.0. Réfléchir, rire et s’exciter, voilà le leitmotiv de ce magazine sonore indépendant qui fait du bien. En parcourant les podcasts du QUD, on peut tomber sur le témoignage d’une camgirl, l’histoire d’une femme qui vit sa défloraison virtuelle avec une intelligence artificielle ou encore d’une fille qui raconte, lors d’un apéritif, le contenu des sextos envoyés par son grand-père à l’une de ses maîtresses.

Surprenante, comique et galvanisante, la fiction sexo-dystopienne intitulée « Drôle de France » prouve également l’étendue du talent du QUD. Synopsis : L’Etat français interdit par décret les rapports sexuels en raison de l’apparition d’une maladie vénérienne qui se transmet même dans le cadre des rapports protégés. Invités sur un plateau de radio, plusieurs experts viennent débattre de l’abstinence et proposer des solutions pour faciliter la vie quotidienne des Français. A écouter sans modération !

En préparation du deuxième numéro de QUD, les deux créateurs de ce petit bijou auditif ont révélé dans une interview au magazine Cheek que « le prochain thème sera le « no sex ». Nous allons parler des personnes qui ne font pas l’amour, et ça va être passionnant ! « Entre les bites pixélisées de plus en plus grandes et les pénétrations micro-HD toujours plus futiles, les flux de graines virtuels produits par le courant XXX ont un goût de déjà vu.

Epuisée et vidée, la pornographie visuelle fatigue nos yeux quand la pornophonie, elle soigne en chatouillant nos canaux auditifs. Ainsi, la montée du porno sonore réinvente une nouvelle forme d’érotisme plus actuelle et plus adaptée aux attentes sexuelles d’une génération.

Écrit par RatMasqué

Le RatMasqué est un francophone qui travaille dans le monde adulte depuis des années et explore, pour son activité professionnelle et pour vous, ces méandres afin de vous donner les dernières actualités...souvent croustillantes !

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