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« J’ai été victime d’un porn revenge. Depuis, ma vie est un enfer »

Chaque mois, Farah revis son passé. Un épisode douloureux qu’elle voudrait oublier, mais qu’Internet refuse. Farah se connecte à un service en ligne qui permet d’exercer sont droit d’être oublié sur les moteurs de recherche. Chaque fois, son nom est associé à des sites de streaming de vidéos pornographiques. Ainsi, chaque mois, elle relance les démarches pour faire effacer cette vidéo qui a bouleversé sa vie, sa réputation, sa carrière télévisuelle, et qui l’a obligée à quitter son pays, l’Algérie, pour la France.

C’est son petit ami de l’époque qui a filmé ces images en 2007 lors d’une liaison amoureuse. « Pour lui faire plaisir, après des mois d’insistance, je n’ai accepté qu’une seule fois qu’il me filme », raconte Farah. Il as révéler au grand jour l’intimité de Farah. Mais il as fait attention à ne pas montrer son propre visage. Celle qui pensait vivre une belle romance baignée d’amour et de confiance vient d’offrir à un manipulateur une arme de vengeance. Une vengeance qui dure depuis treize ans maintenant. Lorsqu’elle se plaint, on lui dit qu’une bonne femme n’accepte pas d’être filmée.

Lors des événements, Farah a 27 ans, elle est animatrice de télévision francophone en Algérie et présente les grands événements du pays tels que les défilés de mode ou les conférences d’affaires. Elle est alors amoureuse d’un producteur algérien. Ils vivent leur amour sans se cacher. « Mais j’ai décidé de le quitter. Dès lors, il a commencé à me menacer au téléphone ». Celui lui, si Farah n’est pas avec lui, alors elle ne sera digne de personne.

En 2007, les réseaux sociaux n’existaient pas. Mais la méchanceté se moque de l’époque. « Un matin, ma mère désemparée est revenue du marché avec des tracts à la main me représentant nue avec mon numéro de portable et des slogans du type « J’aime embrasser ». Il y en avait partout sur les pare-brises des voitures mais je pouvais encore dire que c’était un photomontage. « L’affaire de la destruction continue. « Il a diffusé des images de la vidéo sur MSN à tous ceux que je connais. C’était terrible pour moi, ma famille, mes sœurs… ».

Farah ne se laisse pas abattre et va courageusement porter plainte au commissariat de police. Elle est confrontée à de nombreux critiques : « On m’a dit : »Une bonne femme n’acceptent pas d’être filmée » Pour eux, j’étais la coupable ! » Avec dignité, Farah maintient sa plainte. Son ex-conjoint est arrêté, son domicile est fouillé. La police trouvent de nombreuses vidéos d’autres jeunes femmes. Mis sous enquête, il est placé sous mandat d’arrêt pour quarante jours. Une première victoire.

Mais, le prévenu, détenteur de la double nationalité, s’enfuit en France. Il sera condamné à dix-huit mois de prison en Algérie en son absence. Trop tard, le harceleur a eu le temps de se défendre. « En fuite, il a publié ma vidéo sur Internet. Depuis, les mêmes images ont été mises en boucle d’un site porno à l’autre. »

Ce sont principalement les femmes qui en sont victimes. Le porno de vengeance est condamné en France depuis 2016 (article 226-2-1 du code pénal). Ce délit d' »atteinte à la vie privée par diffusion d’une image à caractère sexuel » est puni d’un à deux ans de prison et d’une amende de 45 000 à 60 000 euros selon les circonstances. Si la dernière affaire de porno de vengeance concerne un homme politique, l’ancien candidat de la LREM à la mairie de Paris, Benjamin Griveaux, les femmes représentent en fait 90% des victimes. Il y a eu 192 condamnations en 2018, mais la peine de prison reste extrêmement rare. Et si le nombre de plaintes est en augmentation, 2 839 en 2019 contre 2 564 en 2018, il reste très faible par rapport au nombre de crimes. Par peur ou par honte, la plupart des victimes, souvent des mineurs, ne passent pas la porte d’un commissariat de police. « Il ne suffit pas de dire aux victimes qu’elles ont dû penser aux conséquences »,

Farah a auto-édité un livre sur son histoire (Sextape. DZ, de MMM, éditions Edilivre) et tient à alerter les jeunes filles. « Aujourd’hui, les recruteurs vont sur les médias sociaux, googlent votre nom. La cyber-réputation est plus importante que ce que vous avez sur votre CV », explique Farah, qui, treize ans plus tard, vit avec la peur d’être jugée par un voisin de bureau. Ils ne cache même pas d’avoir vu les images d’une collègue maltraité sur un site porno. « Et maintenant, du jour au lendemain, vous sentez dans les yeux de l’autre que vous ne valez plus rien… »

Il est temps que la honte change vraiment de camp.

Écrit par RatMasqué

Le RatMasqué est un francophone qui travaille dans le monde adulte depuis des années et explore, pour son activité professionnelle et pour vous, ces méandres afin de vous donner les dernières actualités...souvent croustillantes !

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